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Le Jour où je me suis prise pour Dian Fossey.

profil gorille

Cela fait déjà quelques jours, voire quelques semaines, que j’angoisse à l’idée de partir à leur rencontre. J’ai tout entendu et son contraire au sujet de cette expédition. Chacun y va de ses commentaires et recommandations: autant de voix souvent discordantes qui font monter l’impatience d’une part mais aussi le stress de l’autre. Suis-je assez forte, en bonne santé pour ce trek? Quel temps fera-t-il, quelles conditions vais-je devoir supporter? Et surtout: est-ce que je vais vraiment les voir? Mes 750 dollars seront-ils suffisants pour garantir le succès de cette journée ou ne faudra-t-il pas ajouter une bonne dose de motivation et saupoudrer le tout de beaucoup de chance? C’est probablement une des expériences émotionnelles les plus riches que je m’apprête à vivre, un rendez-vous rare avec les rois des volcans. Bientôt je ferai partie des “happy few”, de ceux qui pourront raconter, des étoiles plein les yeux, ce que l’on ressent lorsque l’on rencontre un gorille.

briefing d'accueil

Le grand jour est arrivé: nous partons voir les gorilles.

Avec mon ami Jonathan, nous arrivons directement de l’Ouganda où nous venons de passer quelques jours, et c’est la pluie qui nous accueille à l’arrivée à Kinigi. En attendant la fin de l’averse torrentielle, nous papotons avec les locaux en centre ville, à l’abri sous les devantures des quelques commerces dressés là. Toujours heureux de rendre service aux “muzungus”* de passage, l’attroupement nous trouve rapidement deux bodas-bodas* pour effectuer les derniers kilomètres nous séparant de l’auberge où nous passons la nuit. Nous voilà donc au beau milieu du Rwanda, et bientôt entourée de touristes du monde entier, parlant toutes les langues. Il y a Griff, le photographe de l’AFP basé en RDC, Alexis, l’illuminée espagnole qui contrôle les énergies, et enfin Sean et son père Warren, deux australiens tout juste de retour de l’ascension du Kilimandjaro voisin. La soirée est fraîche mais Faustin, notre hôte, a preparé un feu dans le cheminée. La chaleur favorise les échanges – et la Mutzig* aussi un peu d’ailleurs – mais chacun s’en va rejoindre les bras de Morphée rapidement pour ne pas rater le réveil matinal du lendemain. Le grand jour est arrivé: nous partons voir les gorilles.

touristes et gorille

gorille et jeunes

Lorsque je prends conscience de la réalité de cette rencontre, du fait que je ne puisse plus reculer, je suis en apesanteur. Comme si j’étais le témoin de ma propre expérience, comme si tout était irréel mais pourtant sur le point de se passer. Bosco notre guide repère vite mon appréhension et ses quelques paroles réconfortantes me font redescendre sur terre. Il nous annonce bientôt que nous partons à la rencontre du groupe Hirwa, une famille nombreuse et très sociable. Hirwa signifiant “chance” en Kinyarwanda, cela s’annonce parfaitement bien. Nous sommes huit touristes à partir, accompagnés de notre guide, un garde armé et trois porteurs. Après la traversée des dernières terres habitées et cultivées, nous rejoignons bientôt la forêt et les traqueurs de notre famille de primates. Je sais que c’est à ce moment que les choses sont censées se compliquer… Armés de bâtons de randonnées sculptés en bois généreusement offerts par nos accompagnateurs, nous entamons l’ascension sous une pluie battante. Je suis sous-équipée: je n’ai pas prévu les gants pour me protéger de la végétation, je n’ai pas prévu les guêtres pour me protéger de la boue, et je n’ai même pas prévu de pantalon digne de ce nom pour me protéger des insectes. Les randonnées peuvent durer entre trente minutes et cinq heures aller avant de rencontrer les gorilles, et j’appréhende…

Alors que nous nous désaltérons tous, j’aperçois dans les arbres, à dix mètres à peine de notre groupe, mon premier gorille!

Notre rythme est très soutenu, la forêt très fournie et la pluie très dense. Pendant quarante-cinq minutes, Bosco nous impose un rythme infernal sur le sentier balisé, et je me dis que je ne durerai pas longtemps dans ces conditions. Je n’ose absolument rien dire mais je manque clairement de forme physique! Une autre touriste, Laura, est également à la traîne loin derrière nous mais elle s’accroche. Lorsque nous nous arrêtons enfin pour faire une pause, je compte bien avouer ma faiblesse mais je n’en ai pas le temps. Alors que nous nous désaltérons tous, j’aperçois dans les arbres, à dix mètres à peine de notre groupe, mon premier gorille! Voilà pourquoi nous marchions si vite: alors que nous montions à flanc du volcan Sabyinyo, la famille descendait à notre rencontre. La pluie s’étant invitée, il fallait faire vite pour les apercevoir avant qu’ils ne décident de se mettre à l’abri, devenant ainsi invisibles à nos yeux dans la végétation. Nous y sommes enfin et nous avons la permission de rester une heure en leur compagnie. C’est tout d’abord une femelle âgée que j’aperçois, puis beaucoup d’adolescents et de bébés: il y a même une paire de jumeaux de cinq ans et demi! La plus grosse émotion, c’est bien sûr l’arrivée de Munyinya, un magnifique dos argenté de 31 ans, deuxième plus gros specimen du parc. Son pelage soyeux est comme perlé de gouttes d’eau, il est d’une beauté à couper le souffle, puissance sauvage. Lorsque mon regard croise le sien, des larmes d’émotion me montent aux yeux. Je ne parviens toujours pas à réaliser ce que je suis en train de vivre, ce que je suis en train de contempler.

dos argentémale dominant gorille

Pas de brume, mais avec l’humidité, mon appareil a du mal à faire la mise au point. Je m’agenouille bientôt pour le prendre en photo et ne m’aperçois que trop tard qu’un autre membre de la famille s’est dangereusement approché de moi. Je ne suis pas inquiète quand je réalise sa présence: il est haut comme trois pommes. Mais lorsqu’il pose sa main sur mon épaule, le temps s’arrête! Je suis comme paralysée et seul mon regard appelle à l’aide. Mes voisins touristes eux aussi contemplent la scène sans savoir quoi faire jusqu’à l’intervention de Bosco. Après quelques grognements communicatifs, Issoni («amical» en Kyniarwanda) s’éloigne en pleurnichant comme un jeune chiot. Sa curiosité l’a simplement détourné de sa mère assise derrière l’arbre sur lequel je m’étais appuyée. Elle le retrouve bien volontiers pour l’allaiter, pendant que je m’éloigne, bien décidée à ne pas troubler plus longtemps leur équilibre familial. Je me sens pourtant bien chanceuse d’avoir vécu cet échange avec un animal qui ne respecte pas la distance de sécurité de 7 mètres imposée par le parc, et qui ne craint pas encore les humains. Je suis émue et flattée de cette approche, je flotte un moment dans les airs, la démarche hésitante entre les arbres et leurs racines.

La famille continue ses vas-et-vients, se promène au sol, escalade les arbres, goûte leurs fruits en se régalant de petits cris de contentement adorables.

Un adolescent me ramène bientôt à la réalité lorsqu’il décide de me charger après s’être frappé la poitrine à coups de poing généreux et puissants. Comportement typique du primate en représentation! Ai-je eu peur? Certainement! Ai-je été surprise? Totalement! Je m’écrase d’ailleurs lamentablement contre un arbre, m’en servant comme bouclier protecteur, avant que Bosco n’intervienne à nouveau pour l’éloigner… un peu plus virilement cette fois! Je m’estime servie en émotions fortes pour la journée et décide de bien me tenir à distance, objectif baissé, profitant pour moi-même du moment présent. La famille continue ses vas-et-vients, se promène au sol, escalade les arbres, goûte leurs fruits en se régalant de petits cris de contentement adorables. Munyinya nous frôle une dernière fois, sublime et encore plus impressionnant d’aussi près. Incroyable. Inoubliable. Mais l’heure est écoulée, il est temps de repartir. Au moment de rebrousser chemin, je me rends compte que la pluie n’a jamais cessé de tomber…

***

* Muzungu: surnom Swahili d’abord donné aux colons britanniques par les Africains de l’Est, ensuite étendu aux blancs en général dans toute la région.

* Boda-boda: moto-taxi locale.

* Mutzig: bière rwandaise.

jeune gorille

INFOS PRATIQUES

Tous les permis s’obtiennent auprès de l’office du tourisme du Rwanda et doivent être réservé un maximum de temps à l’avance, sur place ou encore sur internet.

Prix = 1500 USD par personne (depuis mai 2017) plus les pourboires sur place. http://www.rdb.rw/tourism-and-conservation/gorilla-trekking.html

Il est également possible de partir observer les gorilles en Ouganda et en RDC où les prix sont plus accessibles, surtout en saison des pluies (avril/mai et novembre). Mais c’est du côté Rwandais que la fameuse Dian Fossey avait choisi d’installer son quartier général et qu’il vous sera possible de marcher sur ses traces. Une randonnée jusqu’à sa tombe coûtera au minimum 75usd. Pour un trek d’observation des singes dorés, comptez 100 usd.

jungle volcan

parc national des volcans

OU DORMIR

Certes la Kinigi Guesthouse est simple mais elle est au plus proche des headquarters du Parc National des Volcans. De plus, le personnel y est vraiment accueillant et le paysage magnifique; un très bon rapport qualité-prix, du dortoir à la suite privée.

Ils proposent également un service payant de 4×4 avec chauffeur pour vous accompagner jusqu’au départ des sentiers de randonnées (nécessaire), si vous êtes venus sans voiture de location: Kinigi Guesthouse.

Il est indispensable d’être véhiculé en 4×4 afin de se rendre aux sentiers de randonnée. Le RDB vous conseillera la location d’un tout-terrain pour 80usd, généralement depuis Kigali (environ 4h de route), pour un aller-retour dans la journée. Si comme nous, vous décidez d’utiliser les transports en commun et de dormir sur place, il vous faudra alors trouver une bonne âme pour partager une voiture jusqu’au départ. C’est possible, mais risqué! Si vous êtes infructueux dans vos recherches, la Kinigi Guesthouse vous offrira l’option de louer leur véhicule (60usd pour les derniers mètres à parcourir).

carte rwanda

2 commentaires sur “

  1. Textes superbes et les photos magnifiques, dans 1 semaine mon départ pour Kigali, le Rwanda pays extraordinaire avec des découvertes surprenantes !!!! Des photos à couper le souffle

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  2. Des paysages sensationnels, le Rwanda terre agricole pleine de surprises, le peuple très attachant à Kigali, qui devient vite curieux et méfiant vers la RDC !

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