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Le jour où j’ai conduit 3082 miles.

_DSC0257 copie copie3082 miles, c’est l’équivalent de 4960 kilomètres environ. En deux semaines. Parce qu’il m’arrive de faire des choses comme ça, sans aucun sens. Très souvent lorsque je voyage, je me retrouve dans l’incapacité de choisir les destinations précises que je veux découvrir… J’hésite tant entre certains endroits que je termine la plupart du temps par les visiter tous. Après tout je me dis que puisque je suis sur place, autant en profiter ! A force de ne pas vouloir « passer à côté » de lieux extraordinaires, je m’impose donc des horaires et des trajets interminables en me disant que la dépense d’énergie en vaut forcément la peine. C’est donc le cas cette fois-ci, en Californie, où je prends possession de ma voiture de location à Santa Barbara pour prendre la direction de Lompoc, au centre de l’état. Je pars découvrir avec grande curiosité les vignobles qui ornent les flancs des monts avoisinants de Santa Rita, et qui concurrencent ceux de la fameuse Napa Valley. Bientôt, je rencontre Pete et Rebecca Work qui m’accueillent au milieu de leurs vignes et me racontent leur histoire fascinante.

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(…) le premier vignoble américain certifié biodynamique, biologique et durable.

Lorsque ces financiers échappent de peu à la catastrophe frappant New York en 2001, leur monde est remis question. Ils quittent la ville et partent se mettre à l’écoute de la nature. La belle maison sur la plage à LA, le bureau en haut d’une tour de luxe, les sorties mondaines, ils les laissent volontiers derrière eux pour créer leur propre vignoble, qu’ils appellent Ampelos (« vigne » en grec). Avec l’aide de Jeff Newton ou encore Philippe Cordier, ils veulent faire de leur vin un gage de qualité. Ils convertissent alors leurs 25 hectares en un terrain expérimental inédit où la végétation naturelle a toujours ses droits, où les poules fertilisent les sols, où les chevaux participent à la création du compost, où les panneaux solaires font fonctionner les pompes d’arrosage et où l’eau elle-même provient des nappes phréatiques. Un état d’esprit et une ligne de conduite écologique admirable qui leur permet, en 2009, de devenir le premier vignoble américain certifié biodynamique, biologique et durable. L’expérience de Pete et Rebecca inspire à présent tout le monde vinicole, tant qu’ils reçoivent près de 1500 visiteurs par an! «Personne ne serait venu me voir dans mon bureau avant» plaisante le danois d’origine, avant que l’on ne se quitte après une belle journée de partage (et de dégustation!).

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Je suis en fait au milieu de deux déserts, celui du Mojave et celui du Colorado…

Ma prochaine étape se trouve à quelques cinq heures de route de là, mais j’ai vraiment hâte de m’y rendre tant son évocation suscite un total plein d’émotions en moi! Le Joshua Tree National Park, du fameux album éponyme de U2, ne m’inspire en effet, rien que par le nom, que pur fantasme. Et tout comme le groupe de rock irlandais, je me retrouve rapidement inspirée par l’endroit et son décor irréel sculpté par le vent. Je suis en fait au milieu de deux déserts, celui du Mojave et celui du Colorado et j’apprécie le calme absolu et la relative altitude. Pas un chat sur les routes et un climat agréable, je tombe immédiatement amoureuse… Quant à l’arbre rendu célèbre en musique, il tiendrait son nom des mormons, sa forme unique leur faisant penser à Josué montrant, bras tendus, la Terre promise. Pour moi, il ressemble plutôt à un gros cactus à la silhouette sinueuse et dont les branches se terminent par de gros pompons d’épines. J’adore! Je profite du parc et de la solitude pendant de nombreuses heures encore, malheureusement la fraîcheur du mois de février m’empêche de camper sur place, au milieu des formations rocheuses improbables… Je fais donc route pour la sinistre Laughlin – Bullhead City où je passe la nuit avant de rejoindre Las Vegas le lendemain.

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Ma voiture commence cependant gentiment à déraper et je ne suis pas équipée pour ces conditions climatiques inattendues.

C’est déjà mon troisième séjour dans la fameuse « city of sins » mais je ne fais qu’y passer avant de rejoindre le Grand Canyon, que je n’ai encore jamais eu l’opportunité d’explorer. Il fait froid ici. Il commence d’ailleurs à neiger. Le spectacle devient incroyable! Ma voiture commence cependant gentiment à déraper et je ne suis pas équipée pour ces conditions climatiques inattendues. Je surpasse alors ma peur des airs et laisse l’hélicoptère prendre le relais pour m’emmener à la découverte du lieu. J’en ai vu des canyons : le Blyde River en Afrique du Sud, le Fish River en Namibie, le Copper au Mexique, ou encore le Colca au Pérou pour ne citer qu’eux. Pourtant je n’ai jamais contemplé un tel spectacle, une immensité pareille. Les crevasses, les contrastes, tout est démesuré. Les photos sont loin de rendre hommage au lieu et les mains moites qui tiennent l’appareil ne sont pas les seules responsables. C’est si beau mais je regrette pourtant de ne pas avoir choisi la bonne saison. L’été semble en effet bien plus propice à la randonnée le long de la magnifique rivière Colorado posée au fond du précipice…

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Je veux m’imaginer dans le décor de John Wayne et de John Ford, dans la tête de Kubrick (…)

De Falstaff, situé au sud du Canyon, je me rends compte que je ne suis alors plus très loin de Monument Valley. Mon Dieu que j’ai grandement envie d’y aller! Car je pense sans cesse à la Prisonnière du Désert notamment, à tous ces westerns et autres « classiques » qui ont bercé mes années d’étudiante en cinéma. Je veux m’imaginer dans le décor de John Wayne et de John Ford, dans la tête de Kubrick, et me retrouver face à ces formations de grès incroyables. Poussée par cette envie irrépressible, je reprends donc le volant et entreprends ma propre chevauchée fantastique vers le mythique Parc de l’Utah. Le territoire sacré Navajo s’avère être tout simplement somptueux, même sous un ciel couvert. Je suis émue d’observer ces roches qui s’élèvent au milieu de nulle part, et je ressens toute la sacralité indienne qui en émane. La voiture est à la peine sur les pistes trop caillouteuses et je comprends vite l’intérêt de déambuler dans les quelques 120 kilomètres carrés du site à cheval! Je profite cependant des nombreux points de vue et panoramas qui me transportent pourtant, même immobile. Mon désir assouvi, ma curiosité rassasiée, je quitte à contre-cœur cette atmosphère iconique car il me faut à présent rejoindre Phoenix le plus vite possible.

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Ligne droite dans l’Arizona, je longe la frontière avec le Mexique.

C’est alors que commence la partie la plus pénible de ce road-trip : même si le détour en valait la peine, le chemin reste long et la nuit tombe rapidement. La police m’arrête bientôt car les feux de la voiture ne sont pas allumés. Je ne sais même pas où les trouver, ça les fait bien rigoler. Ils finissent par m’aider à les situer sur le tableau de bord et le tour est joué. La ville est grande mais sans grand intérêt, alors me voilà assez tôt repartie pour San Diego qui semble être un endroit plus hospitalier. Ligne droite dans l’Arizona, où je longe pendant un long moment la frontière avec le Mexique. Barbelés, palissades, murets… Murets, palissades, barbelés. Check point policiers fréquents aussi, tels des cowboys des temps modernes. Chacun chez soi.  Ma radio, elle, ne m’aide pas et reste bloquée des heures durant sur la même fréquence de musique country. Très, très dur. Trop: je m’endors au volant (sûrement l’effet de tous ces chanteurs à l’accent incompréhensible, comme s’ils tenaient absolument à s’exprimer avec des patates chaudes dans la bouche). Je ne repasserai pas par Palm Springs pour me reposer en chemin, le détour serait trop important… Je lutte pour rester éveillée et parvient finalement au but quelques six heures plus tard, après avoir traversé des endroits désertés. Puis c’est l’histoire d’un coup de foudre pour l’« America’s Finest City » que je passerai près de trois mois à explorer! Une quasi-sédentarité bien méritée après tant de trajet. 3082 miles, c’est l’équivalent de 4960 kilomètres environ. En deux semaines. Parce qu’il m’arrive de faire des choses comme ça, (vraiment?) sans aucun sens…

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INFOS PRATIQUES

Si vous voulez visiter les vignes de Santa Rita, arrêtez-vous plutôt à Solvang. Une petite ville totalement dépaysante qui vous rappellera… le Danemark! Vous y trouverez même une place Tivoli qui ne sera pas sans vous rappeler Copenhague. De l’architecture aux boulangeries danoises, les colons ont importés tout leur savoir faire au début du XXème siècle et l’endroit vaut réellement le coup d’oeil. La destination est très populaire et vous trouverez bien plus que le nécessaire en matière d’hébergement. De là vous pourrez rayonner vers Lompoc et les vignobles d’Ampelos à quelques minutes de là en voiture. Prenez rendez-vous à partir de leur site: https://www.ampeloscellars.net.

Flagstaff comporte un musée sur le Grand Canyon et beaucoup, beaucoup, de boutiques de souvenirs! C’est cependant de là-bas que vous organiserez le plus facilement vos excursions sur le site. Comptez environ 150usd pour un tour d’hélicoptère de 30 minutes maximum. Avec le vent, ça peut tanguer un peu, mais la vue panoramique est assez incroyable de là-haut pour se rendre compte de l’étendue du site! A deux heures et demi de Las Vegas, il y aussi le fameux Skywalk à l’ouest du Canyon, une passerelle en verre sur laquelle vous pourrez vous promener « en hauteur » pour mieux vous rendre compte de l’ampleur de l’endroit.

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OU DORMIR

Solvang, Palm Springs, Las Vegas, Flagstaff Phoenix et San Diego sont toutes des destinations où il vous sera aisé de trouver un hébergement, quel que soit votre budget. Aux Etats-Unis en général, les hôtels et motels sont de très bon rapport qualité-prix. 

Si vous souhaitez camper et randonner, voici des infos très intéressantes sur le Joshua Tree National Park, dont le prix d’entrée est fixé à une quinzaine de dollars par voiture environ: https://www.tripinwild.fr/guide-joshua-tree-national-park/ – n’hésitez vraiment pas à visiter ce blog très sympa et rempli de photos magnifiques!

Pour Monument Valley, Navajo Tribal Park, vous paierez 20usd par voiture et il faudra réserver votre logement bien à l’avance, surtout en haute saison. Choisissez les yeux fermés The View Hotel et/ou son camping directement sur le site: http://monumentvalleyview.com. La meilleure période pour visiter le parc s’étend certainement de mars à juin avant les grosses chaleurs de l’été.

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